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Ils ne sont pas virtuels : les champs electromagnétiques dans les salles de montage par ordinateur.

dimanche 9 février 2003


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Ils ne sont Pas virtuels :

les champs electromagnétiques dans les salles de montage par ordinateur.

Ca serait la salle de montage réglementaire : nous serions installés dans les meilleures conditions ergonomiques, le regard à la hauteur du haut de l’écran, les avant-bras souplement posés à angle droit, les yeux respectés par l’ameublement aux surfaces claires et mates et un éclairage judicieux, le dos et le séant tenus sans dureté ni mollesse excessives par un siège multi-réglable, les pieds au sol ou sur un repose-pied ; les fenêtres pile perpendiculaires aux écrans, l’image nette et définie autant que possible, les disques durs exilés derrière une cloison ; de plus, le temps de travail quotidien serait coupé de pauses actives permettant aux yeux et aux muscles de se détendre : les monteurs n’auraient aucune raison de s’inquiéter de passer huit heures (disons huit heures) devant un, deux, trois écrans de visualisation, en compagnie d’un ordinateur. Ni les yeux, ni la vision, ni les cervicales ni rien du squelette ni des muscles ne serait censé souffrir ou même peiner.

Pourtant, il se pourrait que deux petits appareils promenés deci-delà dans la salle de montage idéale s’allument tout rouge aux voisinages des écrans là où nous nous tenons, et parfois même assez loin d’eux, à trois ou quatre mètres.

Zones rouges

Ces petits appareils bien nommés MACNETIC-ALERT(1) avertissent des zones de radiations considérées comme dangereuses pour la santé par les Suédois, l’un détectant les champs induits par l’électricité a 50 Hertz, l’autre celui des écrans cathodiques(2). Ces normes sont basées sur des recherches en pleine évolution dans le domaine très complexe de l’environnement électromagnétique. En effet, les Suédois devant une bouteille scientifique mi-vide mi-pleine de résultats, se sont intéressés au plein plus qu’au vide, en l’occurrence aux inquiétants travaux d’un certain nombre de chercheurs, même si tous les travaux n’aboutissent pas à une certitude certifiée à 100%.

(1) Voir « Conclusion »et lien suivant (2) voir « autour des écran : les ELF te les VLF »

De cette incertitude inquiétante, quelques États américains, quelques gouvernements et organismes internationaux ont tiré des conséquences plus ou moins cohérentes et prévoyantes. Des limites d’exposition aux radiations ont été fixées au niveau européen, précautions qui semblent insuffisantes car les niveaux conseillés sont largement supérieurs à ceux suspectés de créer des risques. Vu l’importance des populations concernées les Suédois, eux, ont préconisés des normes plus faibles et impulsé des recherches chez les constructeurs dont les ordinateurs et les écrans récents sont maintenant moins polluants. D’où l’utilité des petits appareils MAGNETIC-ALERT pour détecter à quel type d’écran on a affaire dans les salles de montage, et les distances à respecter pour ne pas stationner dans le rouge. Ces zones rouges ne concernent évidemment pas que les écrans mais tous les champs électromagnétique créés par l’homme.

Les enfants en première ligne

Depuis les années 70, un certain nombre de travaux américains ont alerté l’opinion, le gouvernement et les industriels américains sur d’inquiétantes corrélations entre des maladies et des champs électromagnétiques générés par des lignes de haute tension à côté d’habitations. Une proportion anormalement élevée de leucémies étaient relevées chez des enfants vivant à proximité des lignes de transport de l’électricité. Cinq études sur six aboutirent aux mêmes conclusions alarmantes.

Un certain nombre d’expériences in vivo et in vitro s’ensuivirent, suggérant une relation entre les champs électromagnétiques, le système nerveux, la reproduction et le cancer sans pouvoir cependant formuler d’affirmations de façon absolue (nous verrons plus loin quel pourrait être le mode d’action de ces radiations).

Les Suédois ont donc décidé de mener une enquête très rigoureuse durant cinq ans, sur 500 000 personnes vivant à moins de trois cent mètres de lignes électriques. Publiée en 1992, elle conclut à une élévation proportionnelle du risque de leucémie selon l’intensité du champ magnétique. Il ne s’agit pas d’une augmentation légère : le risque double, triple et même quadruple au voisinage des lignes de haute tension. Ce champ magnétique est engendré par le courant électrique, mais contrairement au champ électrique, il n’est arrêté par rien, ni végétaux, ni animaux, ni constructions. La seule protection en est l’éloignement, car sa puissance décroît avec la distance ; nous en verrons les conséquences dans les salles de montage vidéo avec ou sans ordinateur, car là aussi un champ électromagnétique est créé, et là aussi des questions de santé se posent de façon urgente.

Les "grappes" de fausses couches

A la fin des années 70, au Canada et aux États-Unis, une série de "hasards" fit que des petits groupes de femmes enceintes, indépendants les uns des autres, subirent des fausses couches ou des malformations fœtales chez plus de la moitié d’entre elles. Ces femmes n’avaient qu’un point commun : le fait de travailler sur ordinateur. Des analyses rétrospectives de ces cas et des enquêtes épidémiologiques sur des échantillons de femmes plus importants n’ont pas pu établir de relations directes entre le travail sur écran et les avortements spontanés et malformations congénitales." Notons le mot important : relation directe. En effet, lorsque ces accidents sont plus fréquents comme cela a été constaté, ou que la fécondité des femmes est abaissée ( au-delà de vingt heures d’écran par semaine), certains chercheurs déclarent que ce sont des "biais" qui révèlent ces problèmes et qu’on ne peut incriminer de façon certaine les radiations. Cette restriction ne les innocente pas non plus de façon certaine comme les commentaires de l’INRS tendent à le faire croire. Tout cela fait débat dans beaucoup de pays industrialisés, mais pas en France ou l’information ne passe pas.

L’exception française

C’est là qu’une envie me prend de faire de l’épistémologie sauvage de la "revue bibliographique" faite et commentée en janvier 1995 par deux chercheurs de l’INRS, le très officiel et très français Institut National de la Recherche Scientifique dont je trouve les résumés partiaux et pas scientifiques du tout. En effet, si les études compilées dans cette Revue ne permettent pas d’affirmer de façon irréfutable et définitive quels sont exactement les dangers pour la santé des rayonnements électromagnétiques, elles ne permettent surtout pas de les exclure comme le laissent entendre les résumés bibliographiques.

Or, les organismes officiels français fidèles à leur ligne thomiste : "ce dont on n’est pas certain n’existe pas", paléo-cartésienne : "ce dont on ne comprend pas le fonctionnement ne fonctionne pas", et jacobine : "L’État sait ce qui est bon pour vous", ayant dissous le nuage radioactif de Tchernobyl au-dessus de la ligne Maginot, atermoyé sur la transmission du virus du sida, confié l’évaluation des risques de l’amiante aux industriels de l’amiante et refusé de prendre en compte la transmission probable à l’homme du prion dit de la vache folle, se fondent sur les restes d’incertitude pour repousser toute décision jusqu’au moment où on est certain que la catastrophe est bien là. Ici encore, les commentaires de la Revue Bibliographique de L’INRS opèrent des glissements peu scientifiques.

Un esprit scientifique libre devrait s’alarmer des zones de flou, des contradictions dans les résultats des études, des difficultés à évaluer le rôle sur les organismes vivants des champs électromagnétiques qui sont omniprésents et concentrés autour des écrans, dont l’usage ne fait que croître dès l’enfance.

Par exemple, les études épidémiologiques ne concluant pas toutes à l’unisson, que le travail sur écran augmente le risque d’avortement spontané ou de malformation congénitale, ne permettent pas non plus d’affirmer l’inverse, car il apparaît souvent de nombreuses corrélations alarmantes sur d’autres fonctions que la reproduction également..

Pour nos commentateurs au contraire, le résumé des études compilées est sans ambivalence : " Dans l’état actuel des connaissances, les très basses et extrêmes basses fréquences émises par les écrans cathodiques ne sont pas considérées comme dangereuses". Or ce qui apparaît comme un simple résumé neutre de la pensée des autres est en réalité une interprétation partiale et partielle, car bien des études au contraire les "considèrent" comme dangereuses.

Sur les expériences in vivo qui produisent des souris anormales à partir d’embryons de souris soumis à des radiations de type écran vidéo (en dent de scie, très spéciales), les commentateurs nous rassurent, au motif que les niveaux de radiations appliqués sont plus élevés que ceux que nous recevons. Ca ne rassure pas tout le monde car on peut craindre qu’à la longue certains mécanismes biologiques puissent être perturbés par cette pollution ordinaire des écrans

Mais de quoi parle t’on quand on parle de pollution liée aux écrans ?

Autour des écrans : Les ELF et les VLF

Tout comme les elfes, les djinns et les trolls, les ELF (extremely low frequency) et les VLF (very low frequency) sont invisibles, très puissantes, et leur pullulement est perceptible aux individus les plus sensibles. La plupart des personnes qui travaillent ou qui jouent ou qui somnolent face à un écran cathodique baignent dans un concentré d’ondes électromagnétiques à basse fréquence (ce qui signifie à très grande longueur d’onde) qui ne fait que se rajouter aux autres radiations de diverses origines dont l’air est saturé : rayons ionisants (X, Gamma...) , rayons cosmiques, rayonnements optiques dont seule l’étroite bande de l’arc-en-ciel est perceptible à l’œil humain, ondes de haute fréquence comme toutes les radios-fréquences utilisées par les radios, et par les télécommunications : télévisions , réseaux divers, téléphones sans fil.

Les champs électromagnétiques ne sont pas le propre des téléviseurs et ordinateurs : ils sont émis à notre insu par tous les appareils électriques qui nous entourent. Alors que nous croyons l’électricité bien cantonnée dans les appareils, domestiquée et inoffensive tant qu’on n’y met pas les doigts, nous ignorons que tout courant électrique crée une onde magnétique qui est perpendiculaire à l’onde électrique, et sinusoïdale comme elle. Ces deux ondes entrelacées qui se déplacent à la vitesse de la lumière quelque soient leur intensité forment un champ mesurable avec des appareils adéquats.

Les champs électromagnétiques d’origine naturelle tels que champ magnétique terrestre, la propagation de courants électriques sur des milliers de km le long de failles, les rayonnements dus à l’activité solaire, sont aussi puissants et même plus que les champs électromagnétiques artificiels qui ont envahi notre environnement quotidien au long du 20ème siècle, dans le sillage de l’ électricité. Naturel n’étant pas synonyme de bénéfique, les champs électromagnétiques -particulièrement violent pendant les orages magnétiques liés à l’activité du soleil- créent des zones de pathologies diverses.    Mais la différence fondamentale entre les champs électromagnétiques naturels, continus, et les champs électromagnétiques artificiels liés à l’emploi omniprésent de l’électricité (même en dehors des écrans) c’est leur caractère alternatif. Les charges positives et négatives changent de sens cinquante fois par seconde, entraînant une polarisation alternative aussi rapide des cellules du corps et particulièrement de la membrane des cellules. Or cette membrane  joue un rôle important dans les processus biologiques qui sont non seulement chimiques, mais électrochimiques. Cette composante électrique de la biologie a été négligée de la médecine du médicament, mécaniste et quantitative, mais elle est redécouverte et donne lieu à certains traitements.

Donc nous sommes dans la soupe électromagnétique alternative dès que nous approchons d’un appareil électrique, et alors que nous croyons lire paisiblement sous la lampe, nos cellules changent de charge positive/négative/positive/négative cinquante fois par seconde. Ca secoue. Sachant cela, il reste à vivre chez les Amish ou bien à connaître les émissions des différents appareils avec lesquels nous cohabitons, et à prendre un certain nombre de mesures pour éviter les stations trop prolongées, ou trop répétitives, dans des champs trop puissants. Parmi les compagnons de vie, les écrans ont pris une place grandissante dans une bonne partie de la population des pays industrialisés (ceux qui baignent déjà dans la soupe électromagnétique). Et parmi eux, les monteurs ont souvent le privilège douteux de passer des journées et des bouts de nuit face à plusieurs écrans cathodiques émettant tous à la fois.

Afin de clarifier des notions qui sont assez compliquées, nous nous sommes appuyées particulièrement sur le livre de spécialistes qui font autorité en matière d’effets des pollutions de l’environnement sur la santé : les docteurs Pierre et Suzanne Déoux (voir bibliographie). Nous avons lu leurs ouvrages, nous sommes allés les écouter parmi d’autres spécialistes dans un colloque, nous avons parlé avec eux. Et nous avons appris d’eux à ne pas nous désespérer car avec la conscience des risques vient leur parade et les possibilités d’action individuelle et collective. Nous avons choisi d’extraire d’une conférence de Suzanne Déoux ce qui concerne la pollution dans une salle de montage, puis de donner quelques conseils pratiques pour éviter de cumuler les expositions aux champs électromagnétiques.    Retenons d’abord que le principal antagoniste des radiations est la distance.

Donc, prenons de la distance, une distance raisonnée.  





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Conception, réalisation, illustration : Aurélien
© Les Monteurs Associés 2002